30.10.2007
La langue n'est pas qu'un simple instrument de communication
Et Vincent Descombes nous le montre à travers l'exemple d'Edgar Poe:
"L'erreur est ici de penser le langage à partir d'une fonction qu'on lui suppose a priori. Démarche qui souffre d'être a priori, comme l'a noté Edgar Poe dans Le Démon de la perversité. L'"homme de la métaphysique ou de la logique" prétend être informé du plan divin, puisqu'il s'autorise lui-même à dériver les facultés humaines d'une fonction à remplir. "En matière de phrénologie, par exemple, nous avons d'abord établi, assez naturellement d'ailleurs, qu'il était dans les desseins de la Divinité que l'homme mangeât. Nous avons assigné à l'homme un organe d'alimentivité, et cet organe est le fouet avec lequel Dieu contraint l'homme à manger, bon gré, mal gré. En second lieu, ayant décié que c'était la volonté de Dieu que l'homme continuât son espèce, nous avons découvert tout de suite un organe d'amativité. Et ainsi ceux de la combativité, de l'idéalité, de la causalité, de la constructivité - bref tout organe représentant un penchant, un sentiment moral ou une faculté de la pure intelligence" (je cite la traduction de Baudelaire). Jamais, poursuit Edgar Poe, le logicien n'enregistrera le principe d'action tel que la perversité, le penchant à agir contre tout bon sens, contre son intérêt, contre son bien-être. Cette faculté lui est méthodiquement invisible puisqu'elle est a priori imprévisible. Il est juste d'adresser le même reproche aux linguistes qui définissent le langage commeun instrument de communication, comme s'ils avaient pris connaissance du "plan de la Divinité" de façon à désigner dans telle faculté l'organe de telle fonction. La linguistique métaphysique ne veut voir dans son objet qu'un outil économique, commode, raisonnable, orienté vers le bien-être. Si l'homme parle, c'est pour dire les choises qu'il a à dire, tout simplement. Il sait ce qu'il veut dire (seul l'auditeur l'ignore), il sait ce qu'il dit, il sait donc exactement ce qu'il veut (son bien-être). Mais l'observation infirme cette doctrine prétentieuse."
Vincent Descombes, L'inconscient malgré lui
A rapprocher des critiques formulées par Philippe Muray à l'égard de Noam Chomsky dans son Céline.
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