25.09.2007
Properce son sang froid (Infidélités romaines II)
"Cinthie est le premier amour de Properce, et ce sera le dernier. Dès qu'il est heureux, il est jaloux. Cinthie aime trop la parure; il lui demande de fuir le luxe et d'aimer la simplicité. Il est livré lui-même à plus d'un genre de débauche. Cinthie l'attend, il ne se rend qu'au matin auprès d'elle, sortant de table et pris de vin. Il la trouve endormie, elle est longtemps sans que tout le bruit qu'il fait, sans que ses caresses mêmes la réveillent; elle ouvre enfin les yeux et lui fait les reproches qu'il mérite. Un ami veut le détacher de Cinthie; il fait à cet ami l'éloge de sa beauté, de ses talents. Il est menacé de la perdre: elle part avec un militaire; elle va suivre les camps, elle s'expose à tout pour suivre son soldat. Properce ne s'emporte point, il pleure, il fait des voeux pour qu'elle soit heureuse. Il ne sortira point de la maison qu'il a quittée; il ira au-devant des étrangers qui l'auront vue; il ne cessera de les interroger sur Cinthie. Elle est touchée de tant d'amour. Elle quitte le soldat et reste avec le poète. Il remercie Apollon et les muses; il est ivre de son bonheur. Ce bonheur est bientôt troublé par de nouveaux accès de jalousie, interrompu par l'éloignement et l'absence. Loin de Cinthie, il ne s'occupe que d'elle. Ses infidélités passées lui en font craindre de nouvelles. La mort ne l'effraye pas, il ne craint que de perdre Cinthie; qu'il soit sûr qu'elle lui sera fidèle, il descendra sans regret au tombeau.
"Après de nouvelles trahisons, il s'est cru délivré de son amour, mais bientôt il reprend ses fers. Il fait le portrait le plus ravissant de sa maîtresse, de sa beauté, de l'élégance de sa parure, de ses talents pour le chant, la poésie et la danse, tout redouble et justifie son amour. Mais Cinthie, aussi perverse qu'elle est aimable, se déshonore dans toute la ville par des avantures d'un tel éclat, que Properce ne peut plus l'aimer sans honte. Il en rougit, mais il ne peut se détacher d'elle. Il sera son amant, son époux; jamais il n'aimera que Cinthie. Ils se quittent et se reprennent encore. Cinthie est jalouse, il la rassure. Jamais il n'aimera une autre femme. Il n'en possède jamais assez, il est insatiable de plaisirs. Il faut pour le rappeler à lui-même que Cinthie l'abandonne encore. Ses plaintes alors sont aussi vives que si jamais il n'eût été infidèle lui-même. Il veut fuir. Il se distrait par la débauche. Il s'était enivré comme à son ordinaire. Il feint qu'une troupe d'amours le rencontre et le ramène aux pieds de Cinthie. Leur raccommodement est suivi de nouveaux orages. Cinthie, dans un de leurs soupers, s'échauffe de vin comme lui, renverse la table, lui jette les coupes à la tête; il trouve cela charmant. De nouvelles perfidies le forcent enfin à rompre sa chaîne; il veut partir; il va voyager dans la Grèce; il fait tout le plan de son voyage, mais il renonce à ce projet, et c'est pour se voir encore l'objet de nouveaux outrages. Cinthie ne se borne plus à le trahir, elle le rend la risée de ses rivaux; mais une maladie vient la saisir, elle meurt. Elle lui reproche ses infidélités, ses caprices, l'abandon où il l'a laissée à ses derniers moments, et jure qu'elle-même, malgré les apparences, lui fut toujours fidèle. Telles sont les moeurs et et les aventures de Properce et de sa maîtresse; telle est en abrégé l'histoire de leurs amours. Voilà la femme qu'une âme comme celle de Properce fut réduite à aimer."
Id.
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Ovide affectif (Infidélités romaines I)
"Corinne est mariée. La première leçon que lui donne Ovide est pour lui apprendre par quelle adresse elle doit tromper son mari; quels signes ils doivent se faire, devant lui et devant le monde, pour s'entendre et n'être entendus que d'eux seuls. La jouissance suit de près; bientôt des querelles, et ce qu'on n'attendait pas d'un homme aussi galant qu'Ovide, des injures et des coups; puis des excuses, des larmes et le pardon. Il s'adresse quelquefois à des subalternes, à des domestiques, au portier de son amie pour qu'il lui ouvre la nuit, à une maudite vieille qui la corrompt et lui apprend à se donner à prix d'or, à un vieil eunuque qui la garde, à une jeune esclave pour qu'elle lui remette des tablettes où il demande un rendez-vous. Le rendez-vous est refusé: il maudit ses tablettes qui ont eu un si mauvais succès. Il en obtient un plus heureux: il s'adresse à l'Aurore pour qu'elle ne vienne pas interrompre son bonheur.
"Bientôt il s'accuse de ses nombreuses infidélités, de son goût pour toutes les femmes. Un instant après Corinne est aussi infidèle: il ne peut supporter l'idée qu'il lui a donné des leçons dont elle profite avec un autre. Corinne à son tour est jalouse; elle s'emporte en femme plus colère que tendre; elle l'accuse d'aimer une jeune esclave. Il lui jure qu'il n'en est rien, et il écrit à cette esclave; et tout ce qui avait fâché Corinne était vrai. Comment l'a-t-elle pu savoir? Quels indices les ont trahis? Il demande à la jeune esclave un nouveau rendez-vous. Si elle le lui refuse, il menace de tout avouer à Corinne. Il plaisante avec un ami de ses deux amours, de la peine et des plaisirs qu'ils lui donnent. Peu après, c'est Corinne seule qui l'occupe. Elle est toute à lui. Il chante son triomphe comme si c'était sa première victoire. Après quelques incidents que pour plus d'une raison il faut laisser dans Ovide, et d'autres qu'il serait trop long de rappeler, il se trouve que le mari de Corinne est devenu trop facile. Il n'est plus jaloux; cela déplaît à l'amant qui le menace de quitter sa femme s'il ne reprend sa jalousie. Le mari lui obéit trop; il fait si bien surveiller Corinne qu'Ovide ne peut plus en approcher. Il se plaint de cette surveillance qu'il a provoquée, mais il saura bien la tromper; par malheur, il n'est pas le seul à y parvenir. Les infidélités de Corinne recommencent et se multiplient; ses intrigues deviennent si publiques que la seule grâce qu'Ovide lui demande, c'est qu'elle prenne quelque peine pour le tromper, et qu'elle se montre un peu moins évidemment ce qu'elle est. Telles furent les moeurs d'Ovide et de sa maîtresse, tel est le caractère de leurs amours."
Guinguené, cité par Stendhal, in De L'Amour (c'est nous qui soulignons)
Voilà de quoi faire passer l'excellente série Rome pour un bac à sable!
11:30 Publié dans Stendhal | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : ovide, stendhal, rome
L'amour à la tangente
"Geoffroy de Rudel, de Blaye, fut un très grand gentilhomme, prince de Blaye, et il devint amoureux de la princesse de Tripoli, sans la voir, pour le grand bien et pour la grande courtoisie qu'il entendit dire d'elle des pèlerins qui venaient d'Antioche; et fit pour elle beaucoup de belles chansons, avec de bons airs et de chétives paroles; et, par volonté de la voir, il se croisa et se mit en mer pour aller vers elle. Et advint qu'en le navire le prit une très grande maladie, de telle sorte que ceux qui étaient avec lui crûrent qu'il fut mort, mais tant firent qu'ils le conduisirent à Tripoli, dans une hôtellerie, comme un homme mort. On le fit savoir à la comtesse, et elle vint à son lit et le prit entre ses bras. Il sut qu'elle était la comtesse, il recouvra le voir, l'entendre, et il loua Dieu, et lui rendit grâce qu'il lui eût soutenu la vie jusqu'à ce qu'il l'eût vue. Et ainsi il mourut dans les bras de la comtesse, et elle le fit honorablement ensevelir dans la maison du Temple à Tripoli. Et puis en ce même jour elle se dit religieuse, pour la douleur qu'elle eut de lui et de sa mort."
Stendhal, De l'Amour
09:34 Publié dans Stendhal | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : stendhal, amour
24.09.2007
Retour de monnaie
"L'amour est la seule passion qui se paye d'une monnaie qu'elle fabrique elle-même."
Stendhal, De l'Amour
17:00 Publié dans Stendhal | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : stendhal, amour, monnaie


