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01.10.2007

28 SEMAINES PLUS TARD, de Juan Carlos Fresnadillo

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Il n’est rien de plus jouissif à mes yeux qu’un bon petit film de zombie. Le film de Fresnadillo, réalisateur du sympathique mais inabouti Intacto, rentre certes dans cette catégorie cinématographique – quoiqu’il faille plutôt parler de contaminés, la rage de ceux-ci contrastant avec la léthargie des zombies de Romero – est-ce que cela suffit pour autant à en faire un bon film ? Si le film de Danny Boyle, 28 jours plus tard, était une vraie bonne surprise, surtout de la part d’un réalisateur jusqu’ici assez médiocre, et avait été à juste titre plutôt bien accueilli par la critique, je constate que le film de Fresnadillo se fait quasi unanimement descendre en flèche. Je ne serai pour ma part pas aussi sévère, tant il y a loin entre ce film et une suite commerciale sans âme, même s’il y a dans ce film autant de choses qui fâchent que de choses qui plaisent.
On ne prend pas les mêmes et on recommence. Catherine McCormack cuisine le même éternel plat en boîtes de conserves à son mari Robert Carlyle. Il fait sombre, ils s’éclairent à la bougie, l’ambiance est intimiste, on se croirait dans les années cinquante. Puis l’on découvre que le couple n’est pas seul, qu’une petite communauté de survivants s’est réfugiée dans la maison. Un enfant frappe à la porte : Carlyle enlève les barricades, il fait plein jour. A peine a-t-il eu le temps de remettre les planches en place, qu’une horde de contaminés surgit et brise en quelques instants les défenses de la maison. C’est là qu’on ne comprend plus rien à ce qu’il se passe : pour suggérer le frénésie de l’attaque, Fresnadillo n’en peut plus de bouger sa caméra comme un épileptique, le montage devient ultra saccadé : du coup, on ne voit strictement rien à ce qui se passe, et alors que la préparation de cette scène était suffisamment sobre et courte pour fonctionner à pleins tonneaux, on ne sait pas ce que deviennent certains personnages. Ce ne serait pas gênant si Fresnadillo laissait délibérément de côté les autres personnages pour se concentrer sur le point de vue de Carlyle et de sa femme ; sauf que l’on retrouve un des personnages à plusieurs lieux alors qu’il nous avait semblé le voir se faire submerger par les contaminés. Dans l’assaut, il est séparé de sa femme et la laisse seule affronter la mort tandis que lui s’enferme dans une autre chambre et s’enfuit en sautant par la fenêtre. Sa femme, prisonnière de la maison, le regarde partir d’une fenêtre impossible à ouvrir. La fuite de Carlyle est l’une des plus belles scènes du film : d’abord, parce que le plein jour révèle une photographie magnifique qui ne nous décevra pas jusqu’à la fin du film, ensuite parce que la reprise du thème musical de 28 jours plus tard lui insuffle une intensité toute particulière (hélas, au lieu de n’être employée que pour cette scène, elle reviendra plusieurs fois, et la répétitivité globale de la musique tuera alors la fin du film), enfin par son cadrage qui en fait une scène vraiment effrayante. On ne croit vraiment pas que Carlyle s’en sortira ; pour la peur, hélas, il faudra s’arrêter là.
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Quelques cartons introductifs, assortis de plans fixes sur une Londres désertée, nous rappellent ensuite les événements précédents. L’épidémie ayant été enrayée, le rapatriement dans la capitale s’organise, effectué sous la tutelle des militaires. Pendant dix minutes, on va suivre les enfants de Carlyle dans leur trajet de l’aéroport au métro aérien : Fresnadillo prolonge les plans magnifiques du début du film de Boyle en nous livrant une vision glaciale de la ville, tellement glaciale que l’on se croirait dans un film de science-fiction. Là où le Boyle était impressionniste dans sa photographie, Fresnadillo nous montre toute la poésie urbaine de ce lieu soudain frappé par l’apocalypse, comme figé dans le temps. On est vraiment envoûté, et prêt à pardonner l’illisibilité de l’introduction. La mise en place de l’équipe de snipers sur les toits est à ce titre exemplaire dans la façon de poser son décor.
Hélas, trois fois hélas, le film cherche en même temps à se poser comme un mélo. Et de ce point de vue, il faut reconnaître que le film est catastrophique. Déjà, les dialogues de ces scènes sont nuls, il faut encore qu’elles soient toujours filmés en gros plans. Carlyle passe dix minutes à raconter à ses enfants comment il a vu sa femme mourir, en pleurant comme un gros nounours face caméra, et pour bien illustrer son traumatisme, on nous assène deux trois flash-back, alors qu’on a déjà vu la scène il y a un quart d’heure, et que Carlyle en rajoute une couche en nous le racontant encore une fois. Aïe. Quelle faute de goût ! Mais quelques minutes après, on est de nouveau prêt à se réconcilier avec l’ami Fresnadillo – le soir, sur les toits, un sniper observe ce qui se passe par la fenêtre des quelques habitants londoniens d’un immeuble. Si on a déjà pu voir en mieux et en plus drôle ce genre de scène dans d’autres films, celle-ci relie habilement tous les personnages de l’histoire.
Les enfants sortent de la zone de quarantaine pour aller chercher une photo de leur mère, afin, disent-ils, de ne pas l’oublier ! Et de découvrir que celle-ci a survécu ! Bien que celle-ci ait été mordue, il s’avère en fait que ses gènes l’immunisent contre la maladie ; on aurait là le remède miracle pour éradiquer définitivement ce fléau ! En attendant, on se demande comment Catherine McCormack a pu ne pas être réduite en morceaux par les contaminés, alors qu’elle n’avait aucun moyen de sortir… Fi, Carlyle, rongé par la culpabilité, réussit à s’introduire dans la chambre de sa femme, qui le pardonne. Il y avait là de quoi réaliser une scène magnifique. On assiste à des retrouvailles vite expédiées qui auraient pu jouer agréablement sur les ambivalences. Carlyle embrasse sa femme, lui n’est pas immunisé, le sang lui monte rapidement à la tête, c’est le cas de le dire – les choses sérieuses peuvent enfin commencer.
On se l’imagine, le virus se répand assez vite dans la réserve. C’est que nous, on veut du sang frais. Or les scènes qui suivent redeviennent elles aussi complètement brouillonnes : certes, il s’agit de suggérer la vitesse de l’attaque et le caractère indiscernable de l’attaquant ; et on comprend bien les militaires qui, ne pouvant discerner les gens sains des contaminés, se voient donner l’ordre de tirer dans le tas (on comprend, on n’approuve pas). Le problème, c’est que ça devient très vite fatigant, et la seule frénésie que l’on ressent véritablement, la seule rage, c’est celle de Robert Carlyle, très bon acteur, quand il accomplit sa transformation – le film suivant à cet égard une pente assez romerienne puisque dans cet épisode celui-ci échappera à l’indifférenciation des autres contaminés.
L’on suit alors la tentative de sortie de la ville des deux enfants (personnages heureusement pas trop énervants et assez matures, c’est rare) sous l’impulsion d’un sniper renégat. Les péripéties s’enchaînent jusqu’à la fin, l’histoire ne s’attarde pas trop sur la mort de ses personnages. A noter quelques autres belles scènes, dont cet hélicoptère foudroyant de ses hélices une horde de contaminés (même si l’idée en est plus belle que sa réalisation), Londres sous le napalm puis sous les fumigènes, la mort au lance-flamme d’un des personnages dans un montage saisissant.
Au final, on ressort assez partagé de la séance. L’on a été saisi, mais sans quasiment jamais avoir eu peur ni ressenti des émotions. C’est que le film de Fresnadillo ressemble plus à un réservoir de belles images qu’à un véritable film à la dramaturgie efficace. Le scénario est superbe mais ses meilleures idées sont vite gâchées. Que le réalisateur sache autant réussir le montage de ses mises en place et foirer celui de ses scènes d’action me laisse des plus perplexes. Mais le film a ses moments d’éclats et, s’il s’avère très inégal, il vaut certainement la vision.
             Aurélien Daimé

 

 

Commentaires

"Il n’est rien de plus jouissif à mes yeux qu’un bon petit film de zombie."

Ca pourrait en vexer plus d’une !

Je viens de découvrir ce blog via celui du Stalker. C’est un joli pari que de se lancer dans l’édition si jeune, et sûrement une bonne expérience. Y a-t-il autre chose à vous souhaiter que cela fonctionne au mieux ?

Toute ma sympathie. Après tout, nous avons sûrement quelque chose en commun.

(Pardonnez-moi par avance si je vous parais trop évasif, disons, pour éclairer la chose, que mon pseudo peut vous aider à savoir qui je suis, en espérant que ce ne soit pas malvenu.)

Ecrit par : Des vies. | 02.10.2007

Merci beaucoup!
Rassurez vous, je ne suis pas nécrophile!
Vous m'intriguez. Qui se cache donc derrière ce pseudo? J'avoue que je sèche - mais le jeu est amusant. A l'occasion, envoyez-moi un petit mail.
Cordialement.

Ecrit par : Raskolnikov | 02.10.2007

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