« Properce son sang froid (Infidélités romaines II) | Page d'accueil | 28 SEMAINES PLUS TARD, de Juan Carlos Fresnadillo »
30.09.2007
La transmission de la faute
En notre époque où il est de bon ton de fustiger les crimes des religions à travers les âges, de rejeter sur nos pères la faute de la collaboration, de la colonialisation, de l'esclavage, comme si nous étions purs de toute violence, comme si nous pouvions nous permettre de regarder l'histoire de haut parce que nous arrivons après, il est nécessaire de se rappeller ce que disait déjà René Girard en 1978, dans Des choses cachées depuis la fondation du monde :
"Jésus sait bien que les Pharisiens n'ont pas tué eux-mêmes de prophètes, pas plus que les chrétiens n'ont tué eux-mêmes Jésus. Il est dit des Pharisiens qu'il sont les fils de ceux qui ont tué (Mt 23, 31). Il s'agit là non d'une transmission héréditaire mais d'une solidarité spirituelle et intellectuelle qui s'accomplit, chose remarquable, par l'intermédiaire d'une répudiation éclatante, analogue à la répudiation du judaïsme par les "chrétiens". Les fils croient se désolidariser des pères en les condamnant, c'est-à-dire en rejetant le meurtre loin d'eux-mêmes. De ce fait même, ils imitent et répètent leurs pères sans le savoir. Ils ne comprennent pas que dans le meurtre des prophètes il s'agissait déjà de rejeter la violence loin de soi. Leurs fils restent donc gouvernés par la structure mentale engendrée par le meurtre fondateur. Toujours en effet ils disent:
Si nous avions vécu du temps de nos pères, nous ne nous serions pas joints à eux pour verser le sang des prophètes (Mt 23, 30)
C'est dans la volonté de rupture, paradoxalement, que s'accomplit, chaque fois, la continuité des pères et des fils."
10:05 Publié dans René Girard | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : René Girard, Des choses cachées depuis la fondation du monde, Evangile selon Mathieu



Les commentaires sont fermés.